
Face à une brûlure, le sauveteur secouriste du travail a un objectif : éviter qu'elle s'aggrave. Après avoir protégé et examiné la victime, il refroidit tout de suite la zone brûlée sous l'eau courante tempérée, à faible pression, pendant au moins 10 minutes, idéalement 20. Il juge ensuite la gravité : une brûlure grave impose d'alerter les secours dès le début de l'arrosage. Pour une brûlure chimique, on rince au moins 15 minutes en déshabillant la victime sous l'eau. Les brûlures électriques et internes ont leur propre conduite, détaillée plus bas d'après le guide des conduites à tenir de l'INRS (version 2024).
Brûlure simple ou brûlure grave : juger la gravité
Le SST ne pose pas de diagnostic. Mais la gravité décide de la suite : une brûlure grave déclenche l'alerte, une brûlure simple non. C'est aussi ce que le 15 ou le 18 lui demandera au téléphone.
Une brûlure est simple quand elle se limite à une rougeur de la peau chez l'adulte, ou à une cloque plus petite que la moitié de la paume de main de la victime.
Elle est grave dans l'un de ces cas :
- une ou plusieurs cloques dont la surface totale dépasse la moitié de la paume de la victime ;
- une destruction plus profonde, d'aspect blanchâtre ou noirâtre, parfois sans douleur ;
- une localisation sur le visage, le cou, les mains, les articulations ou près des orifices naturels ;
- chez un enfant, une rougeur étendue, même un coup de soleil généralisé ;
- une origine chimique, électrique ou radiologique.
Attention au piège de la brûlure profonde : elle peut faire moins mal qu'une brûlure superficielle. L'absence de douleur ne veut pas dire que c'est bénin.
Brûlure thermique : la conduite à tenir
Liquide chaud en cuisine, pièce sortie d'un four, projection de métal, flamme : c'est la brûlure thermique.
Si les vêtements de la victime brûlent, il faut d'abord l'empêcher de courir, parce que la course attise les flammes. Étouffez le feu avec un vêtement ou une couverture, puis roulez la victime au sol, ou faites-la se rouler.
Ensuite, après la protection et l'examen :
- Refroidir immédiatement la surface brûlée par ruissellement d'eau courante tempérée, à faible pression, pendant au moins 10 minutes, idéalement 20. Si la victime peut marcher, emmenez-la au point d'eau le plus proche : douche, robinet ou dispositif prévu à cet effet.
- Retirer les vêtements et les bijoux sur la brûlure ou près d'elle, sauf ceux qui collent à la peau.
- Évaluer la gravité, avec les critères ci-dessus.
Si la brûlure est grave
- Faites alerter, ou alertez, les secours dès le début de l'arrosage.
- Poursuivez le refroidissement selon les consignes qu'ils vous donnent.
- Allongez confortablement la victime sur la partie non brûlée. En cas de gêne respiratoire, installez-la en position assise.
- Surveillez-la : parlez-lui, rassurez-la, protégez-la du froid, de la chaleur ou des intempéries en laissant si possible la brûlure visible, et rappelez les secours si son état s'aggrave.
Si la brûlure est simple
- Poursuivez le refroidissement jusqu'à ce que la douleur disparaisse.
- Protégez la brûlure avec un pansement stérile ou un film plastique non adhésif, du film alimentaire par exemple. Il garde l'humidité et épouse la zone brûlée.
- Demandez un avis médical, ou celui d'un autre professionnel de santé, dans trois cas : si la vaccination antitétanique de la victime n'est pas à jour, s'il s'agit d'un enfant ou d'un nourrisson, ou si une fièvre, ou une zone chaude, rouge, gonflée ou douloureuse, apparaît dans les jours qui suivent.
Pourquoi agir si vite ? Le guide INRS est net : commencer à arroser plus de 30 minutes après l'accident n'a plus d'intérêt. Et pourquoi de l'eau tempérée, pas froide ? L'eau courante évacue la chaleur et l'eau tempérée calme la douleur, alors qu'un arrosage prolongé à l'eau trop froide fait baisser la température du corps.
Certaines entreprises équipent leurs postes de douches de secours portables ou de compresses imprégnées de gel d'eau. Elles peuvent remplacer l'arrosage, mais leur usage se décide après l'évaluation des risques par l'employeur, sur recommandation du médecin du travail. Si votre site en a, demandez la consigne.
Brûlure chimique : rincer au moins 15 minutes
Un acide ou une base continue d'attaquer la peau tant qu'il y reste. La priorité est de l'enlever, sans se contaminer soi-même.
- Protégez-vous pour éviter tout contact avec le produit, avec des gants si possible.
- Demandez à la victime de se rincer immédiatement et abondamment à l'eau courante tempérée, à faible pression :
- projection localisée : rincer la zone pendant au moins 15 minutes, en retirant sous l'eau les vêtements imbibés ;
- projection importante ou sur une grande partie du corps : sous la douche de sécurité, la victime se déshabille sous l'eau et le rinçage dure au moins 15 minutes ;
- projection dans l'œil : rincer l'œil atteint au moins 15 minutes, sans que l'eau coule dans l'autre œil, avec un rince-œil s'il y en a un. Maintenez l'œil ouvert si besoin, et faites retirer les lentilles de contact pendant le rinçage.
- Faites retirer les chaussures : elles se remplissent d'eau chargée de produit, et les pieds brûlent à leur tour.
- Gardez les informations sur le produit : emballage, étiquette, fiche de données de sécurité.
- Faites alerter les secours en donnant le nom du produit, puis suivez leurs consignes. Le rinçage continue jusqu'à l'avis médical : certains produits demandent un long arrosage.
- Lavez-vous les mains une fois les gestes faits, puis surveillez la victime.
Veillez aussi à ce que l'eau de rinçage, chargée de produit dilué, ne coule ni sur vous ni sur la peau saine de la victime. Même sans brûlure visible, une personne dont les vêtements de travail ont reçu un produit chimique doit se changer rapidement. Pour chaque produit, la conduite la plus adaptée figure à la rubrique 4, « Premiers secours », de sa fiche de données de sécurité : mieux vaut en connaître le contenu avant l'accident.
Brûlure électrique : couper le courant d'abord
Avant de toucher la victime, le courant doit être coupé. C'est la phase « protéger », et c'est elle qui évite un second accident, celui du secouriste.
Ensuite :
- arrosez à l'eau courante tempérée la zone brûlée visible ;
- faites alerter les secours, et appliquez leurs consignes ;
- surveillez la victime de près.
Une brûlure électrique trompe souvent. La marque sur la peau peut être petite alors que le courant a traversé le corps, et la victime peut faire un trouble du rythme cardiaque. Si elle ne répond plus et ne respire plus, on passe à la réanimation cardio-pulmonaire avec défibrillateur.
Brûlure interne : ingestion ou inhalation
Un produit avalé ou des vapeurs respirées peuvent brûler la bouche, la gorge, les voies respiratoires ou le tube digestif.
- Installez la victime en position assise, pour l'aider à respirer.
- Demandez un avis médical.
- Gardez les informations sur le produit : emballage, ce qu'il en reste, fiche de données de sécurité.
- En cas d'ingestion, ne faites jamais vomir la victime et ne lui donnez jamais à boire.
- Surveillez-la jusqu'à l'arrivée des secours.
Les erreurs à ne pas commettre
- Percer les cloques. Le guide INRS l'interdit sans décision médicale, quel que soit le type de brûlure.
- Mettre un produit sur la brûlure. Aucun produit ne s'applique sans avis médical, qu'il s'agisse d'une crème ou d'un remède de grand-mère.
- Retirer un vêtement collé à la peau. On enlève ceux qui couvrent la brûlure, jamais ceux qui adhèrent.
- Laisser une bague ou une montre près de la zone brûlée.
- Utiliser de la glace ou de l'eau glacée. Sur une grande surface, le corps se refroidit trop.
- Arrêter trop tôt. Moins de 10 minutes pour une brûlure thermique, moins de 15 pour une brûlure chimique : c'est insuffisant.
- Attendre avant d'arroser. Trente minutes après l'accident, l'arrosage n'a plus d'intérêt.
Dans tous les cas, si le médecin du travail a établi un protocole pour votre entreprise, c'est lui qui s'applique.
Comment on s'y entraîne en formation SST
La brûlure fait partie des huit situations du programme SST. On la travaille le deuxième jour de la formation initiale, puis on la reprend à chaque recyclage MAC.
Au CNFSE, la mise en situation part d'un accident de travail fictif, adapté au métier des stagiaires : une projection d'huile en cuisine, un produit décapant renversé en atelier. La brûlure est reproduite sur un simulateur ou avec du maquillage, pour que la cloque et la couleur de la peau ressemblent à une vraie lésion. Le stagiaire ne sait pas à l'avance s'il aura affaire à une brûlure simple ou grave.
Le formateur regarde l'enchaînement complet, pas seulement le geste final. Le stagiaire a-t-il repéré ce qui a causé la brûlure avant de s'approcher ? A-t-il jugé la gravité en comparant la surface à la paume de la victime ? Le message d'alerte donne-t-il la cause, l'endroit du corps, l'aspect de la brûlure, le nom du produit s'il y en a un et l'état de la victime ? L'arrosage dure-t-il au moins 10 minutes, ou 15 pour un produit chimique ? En brûlure chimique, pense-t-il à se protéger les mains et à retirer les chaussures ?
Quand une étape manque, le formateur l'arrête, la corrige avec lui, et le stagiaire refait la mise en situation.
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Questions fréquentes sur cet article
Combien de temps faut-il refroidir une brûlure ?
Pour une brûlure thermique, au moins 10 minutes, idéalement 20, sous l'eau courante tempérée, selon le guide INRS 2024. Si la brûlure est simple, on continue jusqu'à ce que la douleur disparaisse. Si elle est grave, on suit les consignes des secours. Pour une brûlure chimique, on rince au moins 15 minutes, et jusqu'à l'avis médical.
Que faire pour une brûlure au visage ?
Une brûlure au visage, au cou ou près des orifices naturels est toujours considérée comme grave, même petite. Refroidissez-la à l'eau courante tempérée, faites alerter les secours dès le début de l'arrosage et surveillez la respiration de la victime. En cas de gêne respiratoire, installez-la assise. Si un produit chimique a touché l'œil, rincez-le au moins 15 minutes et faites retirer les lentilles.
Faut-il couvrir une brûlure ?
Une brûlure simple, oui : après le refroidissement, on la protège avec un pansement stérile ou un film plastique non adhésif, comme du film alimentaire, qui garde l'humidité sans coller. Une brûlure grave, non : on la laisse visible pour que les secours puissent la surveiller, et on n'y applique rien sans avis médical.
Quand consulter pour une brûlure simple ?
Une brûlure simple ne demande pas d'alerter les secours. Demandez en revanche un avis médical, ou celui d'un autre professionnel de santé, si la vaccination antitétanique n'est pas à jour, si la victime est un enfant ou un nourrisson, ou si, dans les jours qui suivent, une fièvre ou une zone chaude, rouge, gonflée ou douloureuse apparaît. Si la brûlure remplit l'un des critères de gravité, ce n'est plus une brûlure simple : appelez le 15, le 18 ou le 112.
Quels sont les trois types de brûlures ?
On parle souvent des trois degrés : le premier (rougeur), le deuxième (cloques) et le troisième (destruction profonde de la peau). C'est un classement médical. En secourisme, on distingue la brûlure simple de la brûlure grave, et on classe les brûlures selon leur origine (thermique, chimique, électrique, interne), parce que la conduite à tenir en dépend.
Peut-on mettre du beurre, de la crème ou du dentifrice sur une brûlure ?
Non. Le guide INRS l'écrit sans exception : aucun produit ne doit être appliqué sur une brûlure sans avis médical.
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