Quel matériel mettre à disposition ?
Le matériel de premiers secours doit être choisi en fonction des risques spécifiques de l'entreprise. La règle générale : aucune liste-type officielle n'est imposée, c'est l'analyse des risques (DUER) qui guide les choix, avec l'avis du médecin du travail.
Exemples concrets d'adaptation au contexte :
- Lave-œil à proximité des postes de manipulation de produits chimiques (acides, bases, solvants).
- Kit de récupération de membre sectionné dans les ateliers utilisant des machines à lames tranchantes (scies, presses).
- Douche de sécurité près des postes exposés aux brûlures chimiques ou thermiques.
- Couvertures de survie isothermes pour les sites où les sorties d'urgence donnent en extérieur.
- Trousse de secours dont la composition est fixée par le médecin du travail (voir section suivante).
- Défibrillateur Automatisé Externe (DAE) recommandé dans certaines configurations (voir section dédiée).
L'article R4224-23 du Code du travail impose que ce matériel fasse l'objet d'une signalisation par panneaux visible et compréhensible par tous les salariés, pas seulement par les SST.
La trousse de secours : composition et obligations
Il n'existe pas de liste-type officielle pour la trousse de secours. Le contenu est fixé par le médecin du travail, qui précise également les conditions d'utilisation et les modalités de délivrance des médicaments en urgence.
La composition dépend de deux facteurs :
- Les risques liés à l'activité, brûlures, plaies, coupures, projections, intoxications, blessures par chocs.
- La formation de l'utilisateur, un SST formé pourra utiliser certains accessoires qu'un salarié non formé n'aurait pas le droit d'employer. Un infirmier ou médecin pourra utiliser des médicaments sur ordonnance.
Le protocole écrit obligatoire
La circulaire du 20 janvier 1997 impose un protocole consigné par écrit, visé par l'employeur et présenté au CHSCT/CSE, qui mentionne :
- Les personnes habilitées à utiliser le matériel et à délivrer les soins
- Les circonstances d'utilisation pour chaque type de matériel
- La traçabilité des utilisations (registre interne)
- Le circuit d'alerte des secours externes (SAMU, pompiers)
Composition usuelle recommandée
Bien qu'aucune liste-type ne soit imposée, voici les éléments fréquemment recommandés par les médecins du travail :
- Compresses stériles (différentes tailles)
- Pansements adhésifs et bandages élastiques
- Sparadrap, ciseaux à bouts ronds, pince à échardes
- Gants à usage unique (latex ou nitrile)
- Solution antiseptique sans alcool
- Couverture de survie
- Masques de protection (incluant masques de bouche-à-bouche)
- Sérum physiologique en unidoses
- Garrot tactique (si SST formé)
Le Défibrillateur Automatisé Externe (DAE)
La mise à disposition d'un DAE doit être décidée selon les risques propres à l'activité ou à l'effectif. Les indicateurs qui justifient son installation :
- Risque d'électrisation (industrie, BTP avec installations électriques)
- Grande concentration de travailleurs entraînant un risque statistique d'arrêts cardio-respiratoires subits
- Public sénior ou à risque cardiovasculaire (EHPAD, médico-social)
- ERP de catégorie 1 à 3, obligation depuis le 1ᵉʳ janvier 2020
Modalités obligatoires avant l'installation
Avant l'installation d'un DAE, l'employeur doit définir préalablement :
- La place dans la chaîne des secours (qui décide de l'utilisation)
- La désignation des personnes autorisées à le mettre en œuvre
- La formation à l'utilisation (incluse dans la formation SST Initiale au CNFSE)
- L'alerte simultanée des services de secours externes (15 SAMU, 18 pompiers, 112)
- Les conditions de maintenance (vérification des électrodes, batteries, traçabilité)
La formation SST Initiale (2 jours) inclut systématiquement la manipulation du DAE. Chaque stagiaire s'entraîne sur un défibrillateur d'entraînement et apprend la conjonction massage cardiaque + DAE qui multiplie significativement les chances de survie lors d'un arrêt cardiaque.
Où ranger le matériel de premier secours ?
Le matériel doit être positionné selon deux logiques :
- Regroupé dans un endroit précis et aisément accessible aux secouristes, point unique signalisé visiblement, dans un lieu de passage ou central.
- Implanté au plus près de la zone à risque, par exemple, une douche de sécurité près des postes de manipulation de produits chimiques, un kit anti-coupure dans un atelier de découpe.
Le choix dépend de l'analyse des risques inscrite dans le Document Unique d'Évaluation des Risques (DUER). Dans la plupart des cas, une combinaison des deux approches est optimale : un point central + des kits spécifiques aux zones les plus exposées.
La signalisation obligatoire (arrêté du 4 novembre 1993)
L'article R4224-23 du Code du travail impose la signalisation du matériel de premiers secours par panneaux réglementaires. L'arrêté du 4 novembre 1993 fixe leurs caractéristiques :
- Forme : rectangulaire ou carrée
- Couleur de fond : vert
- Pictogramme : blanc
- Emplacement : visible depuis les zones de passage habituelles
- Hauteur : à hauteur d'œil ou au-dessus pour visibilité maximale
Cette signalisation permet à tout salarié, et pas seulement aux SST formés, de localiser rapidement le matériel en cas d'urgence, un témoin non formé peut ainsi indiquer la trousse au SST qui intervient.
Le local de soins (article R4214-23)
L'article R4214-23 du Code du travail prévoit l'aménagement obligatoire d'un local de soins dès lors que l'effectif atteint :
- 200 salariés minimum dans les établissements industriels
- 500 salariés minimum dans les autres établissements (tertiaire, commerce, services)
Ce local doit être :
- Facilement accessible avec brancards (couloirs et portes suffisamment larges)
- Équipé d'installations et de matériel de premiers secours adapté
- Maintenu dans des conditions d'hygiène et de température appropriées
Dispositif d'appel obligatoire
À proximité du local ou du matériel doit être installé un dispositif pour alerter l'infirmière ou la structure de secours externe (téléphone dédié, bouton d'appel, interphone). Cette mise à disposition ne remplace en aucun cas l'appel aux services de secours d'urgence (15, 18, 112) lorsque la situation l'exige.
Maintenance et vérification périodique
L'employeur doit organiser une vérification périodique du matériel pour s'assurer qu'il reste opérationnel :
- Dates de péremption des compresses, pansements, médicaments et antiseptiques
- Intégrité de l'emballage stérile des compresses
- Reconstitution immédiate du stock après chaque utilisation
- Maintenance du DAE : vérification des électrodes (à usage unique), état de la batterie, autotest mensuel
- État de la signalisation (panneaux propres, visibles, non détériorés)
La désignation d'un référent matériel (souvent l'un des SST formés) facilite cette gestion. Toute utilisation grave doit faire l'objet d'un signalement dans le registre des accidents du travail pour traçabilité et analyse en CSE.
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