
Une plaie qui saigne peu n'est pas forcément une petite plaie. Face à elle, le sauveteur secouriste du travail a un objectif, que l'INRS résume ainsi : « éviter l'aggravation de la plaie ». Il commence par juger si elle est simple ou grave. Une plaie simple se soigne sur place, en six gestes, sans alerter les secours. Une plaie grave, même si elle saigne peu, impose d'installer la victime en position d'attente et d'alerter.
Plaie simple ou plaie grave : les critères
Pour l'INRS, une plaie simple est « une petite coupure superficielle ou éraflure saignant peu et non située à proximité d'un orifice naturel ou de l'œil ».
Une plaie est grave si l'un de ces critères est rempli.
- Le mécanisme : projectile, injection dans la peau d'un liquide sous pression, piqûre accidentelle avec un matériel de soin, outil, morsure, objet tranchant.
- L'aspect : présence d'un corps étranger, chairs écrasées, membre sectionné.
- L'endroit : cou, œil ou visage, près d'un orifice naturel, thorax, abdomen.
- Les conséquences : la victime n'arrive plus à bouger l'extrémité du membre blessé, ou ressent des fourmillements, une sensation de froid.
- Les antécédents médicaux : certaines maladies aggravent une plaie.
Prise mot à mot, cette liste rendrait grave toute coupure au cutter. Ce n'est pas ce qu'elle dit : l'INRS définit lui-même la plaie simple comme « une petite coupure superficielle ». « Outil » et « objet tranchant » signalent une plaie qui peut être plus profonde qu'elle n'en a l'air. La question à se poser est donc celle de la pénétration. Une entaille superficielle au bout du doigt, loin de l'œil et des orifices, chez une victime qui bouge et sent normalement ses doigts, reste une plaie simple. Si la lame s'est enfoncée, ou si on ne sait pas jusqu'où, on la traite comme une plaie grave.
L'injection de liquide sous pression est le cas où l'apparence trompe le plus. Le jet d'un pistolet à peinture, d'un pistolet à graisse ou d'un flexible hydraulique traverse la peau par un point minuscule, souvent au bout d'un doigt. Le produit, lui, se répand en profondeur dans la main, parfois jusqu'à la paume, et abîme les tissus de l'intérieur. En surface, on voit à peine une piqûre. Les chirurgiens de la main la traitent pourtant comme une urgence chirurgicale, et le retard vient presque toujours de là : la victime ne consulte pas parce que la plaie paraît bénigne.
Sur le terrain, ces critères prennent des formes très concrètes : la coupure au cutter en logistique, la morsure de chien pour un livreur ou dans le secteur animalier, l'éclat de meuleuse projeté en atelier, la piqûre d'aiguille pour une aide-soignante ou un agent de collecte des déchets. Ce dernier cas demande une conduite à part.
Piqûre d'aiguille : la procédure AES passe avant tout
L'INRS classe la piqûre accidentelle avec un matériel de soin parmi les plaies graves. Le danger ne vient pourtant pas de la plaie : c'est un accident d'exposition au sang (AES), avec un risque de transmission du VIH et des hépatites B et C. La conduite suit donc l'affiche AES de l'INRS (AA 775) :
- Tout de suite : ne pas faire saigner. Nettoyer à l'eau et au savon, rincer, puis désinfecter pendant au moins 5 minutes (Dakin, eau de Javel diluée, ou à défaut polyvidone iodée ou alcool à 70°).
- Dans l'heure : prendre un avis médical, en suivant le protocole établi par le médecin du travail ; à défaut, aux urgences. Si un traitement post-exposition est nécessaire, il est plus efficace quand il commence tôt, au mieux dans les 4 heures.
- Dans les 24 heures : informer la hiérarchie, déclarer l'accident du travail et prévenir le médecin du travail.
La même règle s'applique au SST lui-même. Selon le guide INRS V5, s'il entre en contact avec le sang d'une victime (plaie souillée, même minime, ou projection sur le visage), il suit le protocole du médecin du travail ; à défaut, il consulte immédiatement un service d'urgence.
Dans les soins, le nettoyage et la collecte des déchets, demandez au médecin du travail où est affiché le protocole AES. Le jour de la piqûre, on n'a pas le temps de le chercher.
Plaie simple : les six gestes
L'INRS le précise : cette situation « ne présente pas un caractère d'urgence ». Le SST peut donc prendre le temps de se protéger.
- Se laver les mains à l'eau et au savon, et mettre des gants à usage unique si possible, pour éviter tout contact avec le sang.
- Nettoyer la plaie : la laver soigneusement à l'eau courante avec du savon, en s'aidant si besoin d'une compresse, puis rincer à l'eau claire et sécher la peau avec une compresse.
- Désinfecter avec l'antiseptique préconisé par le médecin du travail, selon ses consignes.
- Protéger avec un pansement adhésif, posé sur une peau bien sèche pour qu'il tienne.
- Conseiller de consulter le service de prévention et de santé au travail, ou un autre professionnel de santé, dans deux cas : pour vérifier que la vaccination antitétanique est à jour, et si une fièvre, ou une zone chaude, rouge, gonflée ou douloureuse, apparaît dans les jours qui suivent.
- Se laver de nouveau les mains à l'eau et au savon.
Le lavage à grande eau n'est pas un détail. C'est lui qui enlève les germes qui pourraient pénétrer dans la plaie et l'infecter.
Plaie grave : position d'attente et alerte
Une plaie grave qui saigne peu ne se soigne pas sur place. Le SST installe la victime, fait alerter les secours et la surveille.
1. Installer la victime en position d'attente
La position dépend de l'endroit de la plaie.
| Plaie | Position d'attente | Pourquoi |
|---|---|---|
| Thorax | Assise, plaie laissée à l'air libre | La respiration est plus facile |
| Abdomen | Allongée, jambes fléchies, calées si possible | Les muscles du ventre se relâchent et la douleur diminue |
| Œil | Allongée, les deux yeux fermés, tête maintenue à deux mains si possible | La lésion de l'œil risque moins de s'aggraver |
| Autres plaies graves | Allongée | Limite les complications et prévient une défaillance circulatoire |
Si un corps étranger est planté dans la plaie (couteau, outil, morceau de verre), il ne faut jamais le retirer. En le bougeant, on aggrave la lésion et le saignement.
2. Faire alerter ou alerter les secours
Le message précise l'endroit de la plaie, ce qui l'a causée, par exemple une machine, un outil ou une morsure, et l'état de la victime.
3. Surveiller
Parler à la victime, la rassurer, la protéger de la chaleur, du froid ou des intempéries, et rappeler les secours si son état s'aggrave. Si la plaie se met à saigner abondamment, on passe à la conduite de la victime qui saigne abondamment. Si la victime ne répond plus mais respire, c'est celle de la victime inconsciente qui respire.
Membre sectionné : protéger le moignon, conserver le segment
C'est la situation la plus impressionnante, et celle où chaque geste compte pour une éventuelle réimplantation.
- Allonger la victime.
- Faire alerter les secours sans attendre.
- Protéger le moignon. S'il saigne abondamment, c'est la conduite de la victime qui saigne abondamment qui s'applique d'abord, dès l'examen.
- Conditionner le segment sectionné :
- le récupérer, quel que soit son état, avec les éventuels fragments ;
- l'envelopper dans un champ stérile, des compresses ou un linge propre ;
- le placer dans un sac plastique propre, fermé de façon étanche ;
- mettre ce sac dans un second sac plastique contenant de l'eau fraîche, ou mieux, de l'eau et des glaçons ;
- confier le tout aux secours qui transportent la victime.
Le segment ne doit jamais toucher directement l'eau ni la glace : c'est le rôle du double sac. Le froid, quelques degrés au-dessus de zéro, le préserve. C'est ensuite le médecin hospitalier qui juge si la réimplantation est possible. Si l'entreprise dispose d'un matériel spécialement conçu pour conditionner un membre sectionné, on l'utilise. Son installation se décide après l'évaluation des risques par l'employeur, sur recommandation du médecin du travail.
Comment on s'y entraîne en formation SST
En session, la plaie qui saigne peu est la situation où la taille trompe le plus. On donne aux stagiaires des blessures qui se ressemblent en surface mais qui n'appellent pas la même conduite, reproduites sur un simulateur ou au maquillage : un point minuscule au bout d'un doigt qui cache une injection de graisse, une longue éraflure sur l'avant-bras qui se soigne sur place. Ce qui les départage, c'est le récit de la « victime » : ce qui l'a blessée, ce qu'elle sent au bout des doigts.
Le formateur regarde surtout le raisonnement. Le stagiaire a-t-il demandé comment la plaie s'est produite ? A-t-il repéré l'endroit, près de l'œil ou d'un orifice ? A-t-il pensé à demander si la victime sent ses doigts, si elle a des fourmillements ? Pour une plaie simple, s'est-il lavé les mains et a-t-il mis des gants avant de toucher la plaie ? Pour une plaie grave, a-t-il choisi la bonne position d'attente et laissé en place le corps étranger ?
Quand une étape manque, on arrête, on corrige, et le stagiaire recommence. La plaie fait partie des situations du programme SST : on la reprend à chaque recyclage MAC.
Former vos salariés aux gestes de premiers secours ? Formation SST initiale en deux jours à Paris, à Lyon ou dans vos locaux. Voir la formation · Demander un devis
Questions fréquentes sur cet article
Une plaie qui ne saigne pas peut-elle être grave ?
Oui. La gravité ne dépend pas du saignement, mais du mécanisme (morsure, projectile, liquide sous pression…), de l'aspect (corps étranger, chairs écrasées), de l'endroit (visage, œil, cou, thorax, abdomen, près d'un orifice) et des conséquences (fourmillements, impossibilité de bouger l'extrémité du membre).
Faut-il désinfecter une plaie simple ?
Oui, après l'avoir lavée à l'eau et au savon, rincée et séchée. En entreprise, on utilise l'antiseptique préconisé par le médecin du travail.
Et le tétanos ?
Après une plaie, même simple, le SST conseille à la victime de faire vérifier que sa vaccination antitétanique est à jour, auprès du service de prévention et de santé au travail ou d'un autre professionnel de santé. C'est à eux de dire si un rappel est nécessaire.
Quand consulter après une petite coupure ?
Si une fièvre apparaît dans les jours qui suivent, ou si la zone devient chaude, rouge, gonflée ou douloureuse. Ce sont des signes d'infection.
Une plaie soignée par le SST est-elle un accident du travail ?
Oui, c'est un accident survenu au travail. Si l'entreprise tient un registre des accidents bénins, ce qui suppose notamment la présence permanente d'un soignant ou d'un SST et un poste de secours, un accident sans arrêt de travail ni soins médicaux peut y être inscrit au lieu d'être déclaré à la caisse. Les conditions de ce registre sont détaillées sur notre page réglementation.
Prêt à former vos salariés ?
Initiale en 2 jours, MAC (recyclage) en 1 jour. Le certificat INRS tient 24 mois. Sessions inter à Paris et Lyon, ou intra chez vous partout en France. Habilités Qualiopi, prise en charge OPCO 100 %.